Portrait

reportage TV: parcours de sculpture financé par la Fondation Mécène et Loire, aller sur ce lien : http://angers-tele.fr/le-journal/?video=1115

Portrait de l'artiste

Esquisse d'un sculpteur ... 

 L'homme est brut. Il est franc, massif ; et son oeuvre lui ressemble. Il est dans le travail du sculpteur Culcasi une force d'un ordre premier, quelque chose de tribal qui dit à haute voix le combat qu'exige la transformation de la matière. Ce n'est pas sans risque que l'on arrache à la terre, au plâtre, au bronze, des formes lisibles. Dans cette empoignade, l'artisan se révèle vaillant, courageux, d'une haute générosité. Il est livré tout entier, tel quel ! Je regarde dans la lumière de la baie une statue posée, elle semble, sur le fil de l'horizon. Du déséquilibre du corps de bronze l'on devine des instants où l'issue du combat aurait pu être fatale à l'artiste. 

 Il est chez le sculpteur une animalité qui déborde, un aboiement que le raisonnable ne sauve que plus tard. Un gros singe doré attend sur un établi. Une panthère sauvage s'étire au sol du salon, une autre va saisir sa proie. Un lion démesuré dort encore dans l'atelier. Nos regards se posent sur deux chevreuils au loin dans un champ, ceux là entendent nos voix. Des chiens nous suivent qui cherchent la main de l'homme. La main de l'homme, elle a donné présence à tous ses fauves de bronze et de plâtre qui lui semblent des familiers. Au mur, des tableaux de l'artiste, un abstrait lourd comme le métal ; je pense au prolongement des griffes des félins. Quelques traits de cette fulgurance sont dans le pinceau du maître fondeur.

Au centre de la maison sur un lit, un chat blessé attend la guérison. Autour du corps il porte une collerette qui empêche son mouvement, le poil de sa cuisse est rasé, le cuir gris est recousu par de grosses agrafes brillantes. Il est immobile. Non, ce n'est pas une sculpture... Et pourtant... Il pourrait être l'âme de chacune.

Si l'oeuvre de A. Culcasi est au premier abord une si forte démonstration de virilité que l'on en vient à craindre qu'elle ne se dévore elle même dans une impulsive barbarie, elle porte aussi, et cela se lit en second lieu, la marque d'une grande vulnérabilité.

Aux oeuvres plus intérieures, celles qui sont nées du désir de l'artiste, de la page tournée de l'artisan fondeur, s'inscrit en creux une empreinte métaphysique, une imprononçable attente.

 Une vierge à l'enfant – il en est des plus classiques aux plus abstraites – toute construite de vide, circonscrit dans un léger contour de plâtre, la lumière du jour finissant. Au corps d'une autre, un visage s'enchâsse à la matière. Une Croix de haute taille a épousé des mains dans l'épaisseur de sa substance. Dans le jardin un plâtre élancé porte blessure ouverte, béance offerte qu’emplit le temps ; l’air lui donne sa forme.

Tout se passe là comme si le fait d'être ne pouvait maintenant que s'inscrire dans l'absence de matière, dans le silence d'après lalutte animale, dans la plainte patiente d'une lente érosion. 

A n'en pas douter, un ange à l'outil mystérieux, évide lentement le coeur de l'homme que l'on ne peut séparer de son œuvre ; et rien de grand ne se fait sans la blessure qu’inflige Celui Là. 

Angers / Expo : La vitalité sculptée

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Date de dernière mise à jour : 06/04/2015